Claude Semal et ...
L'AFFAIRE DUTROUX

Mail du 7 janvier 2004
La triple alliance - Article de 1999
L'affaire Dutroux et le témoignage de Sabine Dardenne.
Oui ou non ?

Devant l'avalanche d'informations, souvent contradictoires et/ou incomplètes, nous vous recommandons de consulter les sites :
de l'Observatoire Citoyen :http://www.observatoirecitoyen.be/
de l'asbl Julie et Melissa : http://www.juliemelissa.be/spip/

25/05/04 : Un premier bilan du procès Dutroux par l'observatoire citoyen.
Bien à vous, Claude

http://www.observatoirecitoyen.be/IMG/pdf/Premier_Bilan.pdf

Mail du 7 janvier 2004

Cher(e)s ami(e)s,
Pour ceux qui souhaiteraient s'informer des questions soulevées par le procès de Dutroux, Nihoul et consorts... avant l'avalanche médiatique du mois de mars, une journée d'information qui sera certainement très instructive. Je serai en concert à Arlon ce jour-là (si je me souviens bien !), mais sinon, j'aurais certainement été là.

Cordialement à vous (et merci de diffuser l'info!), Claude

Qui a enlevé Julie et Mélissa, pour qui, pourquoi ?…
Et les cassettes ? Et les « micro-traces » ?…
Un procès d’Assises peut-il déboucher sur la vérité si l’instruction qui l’a préparé est mauvaise ?
Et les droits des victimes et des enfants, et la lutte contre la pédocriminalité, ça a bougé depuis la Marche blanche ?…

Comment agir ensemble pour obtenir vérité et changement ?

A 5 semaines du procès « Dutroux, Nihoul & consorts »…
Faire le point avec les Blancs
Journée de rencontre et de formation citoyennes préparée par l'Observatoire citoyen (asbl), avec le Réseau de vigilance et de solidarité des Comités blancs

samedi 24 janvier 2004,
de 9h15 à 18 h

A Bruxelles, à l'UCL
Avenue Mounier,51 à Woluwé-Saint-Lambert
Auditoire F (métro Alma)

Avec l’ancien Juge Eric HALPHEN - le « Connerotte > français » («HLM de Paris», perquisitions chez Chirac et au RPR, > etc.) ;
- des personnes-ressources parmi les plus fiables sur les dossiers «Dutroux, Nihoul & cs», «droits des > victimes», «droits de l’enfant», «citoyenneté démocratique» et leurs multiples facettes (présentation de « Clés pour le procès Dutroux, Nihoul, Martin, Lelièvre
– Aide-mémoire et réflexions citoyennes ») ;
- Stefan LIBERSKI(«les Snuls») et Sam TOUZANI > (One-Man Show) ;

- un atelier pour enfants, des stands associatifs, une librairie…

PAF : 8 EUR. (au lieu de 10) en prévente jusqu’au 19 janvier
– gratuit pour les enfants

Avec le soutien du Journal du mardi

Programme détaillé, réservations, etc. sur www.observatoirecitoyen.be,
à info@observatoirecitoyen.be ou au 0476 / 33 23 73.

Alors que Nihoul a été libéré le 16 décembre, la "triple alliance" d'un secret d'état, du crime organisé et du poids des corporatismes bâillonne aujourd'hui la presse après avoir dévoyé les enquêtes. Un livre extraordinaire en est à la fois le révélateur et la victime.
Attention : démocratie en danger.

La triple alliance du crime, du secret et du silence

Cela s'appelle "LES DOSSIERS X / Ce que la Belgique ne devait pas savoir sur l'affaire Dutroux". C'est cosigné par deux journalistes du quotidien flamand "De Morgen" et une journaliste du "Journal du Mardi" (Annemie Bulté, Douglas De Coninck et Marie-Jeanne Heeswyck). Et c'est une extraordinaire enquête d'investigation.
Argumenté comme un réquisitoire d'assises, clair et précis comme une carte Michelin, documenté comme un bottin de téléphone, le livre suit la ligne du temps des affaires d'enlèvements d'enfants pour dresser un saisissant tableau de la pédo-criminalité en Belgique. Les auteurs exposent minutieusement les faits, examinent les P.V. d'audition de
tous les témoins et inculpés, abordent la plupart des "dossiers annexes" de Neufchâteau, s'interrogent sur l'irruption et l'origine des fausses pistes dans les enquêtes, citent les responsables hiérarchiques de ces errances et recoupent cet énorme travail de documentation avec leurs propres interviews et investigations.

Ils tracent ainsi un saisissant portrait de la mouvance criminelle autour de Nihoul et Dutroux - leurs petites affaires de drogue, de bagnoles et de trafic d'êtres humains ; décortiquent la guignolade Pignolesque de la "relecture" des enquêtes de Neufchâteau ; rétablissent professionnellement l'honneur des enquêteurs Bille et De Baets (c'est bien la première fois de ma vie que j'ai envie de serrer la main à un flic) ; rendent à Regina Louf son statut de témoin-victime médiatiquement lynchée et citent même d'autres affaires moins connues de violeurs et kidnappeurs récidivistes curieusement épargnés par la justice, comme le sinistre L.V. de Walcourt qui, à lui seul, a des dizaines de viols à son actif !
Le résultat est terrifiant - tant par l'empilement et la gravité des crimes évoqués que par l'acharnement mis par certains responsables policiers et judiciaires à ignorer certaines pis-tes, décrédibiliser certains témoins, protéger certains incul-pés et écarter certains enquêteurs. On connaît pourtant au-jourd'hui la thèse médiatiquement majoritaire : Dutroux l'isolé agrandit sa famille, Regina Louf déraille, Nihoul est une erreur judiciaire en fauteuil roulant et les réseaux pédo-criminels sont une invention de croyants émotifs paranoïaques obsédés par la théorie du "grand complot". On vient encore d'en démanteler un, impliquant un gendarme ? C'est bien la preuve que les juges font leur travail. Faites confiance à la justice de votre pays, et parlons d'autre chose. Il n'y a pas un match de foot ou un prince qui se marie, ces jours-ci ?

Tout au long du livre, le lecteur se posera donc cette lancinante question sous-jacente : pourquoi ces crimes impunis ? Pourquoi ces cul-de-sac dans les enquêtes ? Les auteurs n'y répondent pas clairement. Mais ils nous donnent plusieurs clés pour construire nos propres réponses. En ce qui me concerne, j'ai le sentiment que ces affaires ont progressivement fini par sceller une "triple alliance". Un curieux compromis entre le poids vertical des corporatismes, l'influence horizontale du crime organisé et l'effet anesthésiant d'un inavouable secret d'état. Ce "secret d'état" est d'ailleurs devenu, dans tous les milieux s'intéressant à l'enquête, un vrai secret de Polichinelle. Mais il reste un tabou incontournable pour tous les appareils d'état et la plupart des grands médias du pays. De quoi s'agit-il ?

De l'éventuelle implication de la Maison Royale dans d'anciennes affaires pédo-criminelles remontant aux années '60 et rapportées à Neufchâteau par un témoin X (qui n'est pas Regina Louf). Les enquêteurs semblent a-voir reçu ce témoignage comme une patate brûlante : en la faisant sauter d'une main à l'autre sans savoir qu'en faire. Ce n'est en effet qu'à la cinquième rencontre que les auditeurs de X3 (dont le maréchal des logis Serge Winkel) vont rédiger leur premier P.V.. On y trouvera par la suite de curieuses formulations du genre : "Audition identique au 151.829, mais cette fois, elle ne cite aucune personne liée à la Cour" (P.V. 151.688). "Il existe apparemment deux ver-sions des auditions de ce témoin", notent les auteurs, "avec et sans ces accusations contre la Cour". En mettant en cause la Maison Royale, X3 semble en effet avoir créé une impasse judiciaire. Il n'était même pas question de vérifier la crédibilité et la pertinence de son témoignage. La personne du Roi et sa famille étant par essence "au-dessus des lois", leur simple mise en cause devenait un "trou noir" judiciaire, un casse-tête constitutionnel et une bombe politique. Cet élément à lui seul pourrait expliquer le sabotage de l'ensemble du dossier 109 / 96 au nom de la "raison d'état".

Le second mécanisme à prendre en compte est le "corporatisme d'appareil". Il concerne cette fois aussi bien la gendarmerie que la P.J., la justice, les partis politiques ... et même la presse ! Il exprime l'incapacité congénitale d'une institution à se remettre elle-même en cause. Ni responsable, ni coupable, c'est pas moi c'est l'autre.
Jusqu'à la nausée. Ce n'est pas très neuf, mais dans l'affaire Julie et Mélissa et les "dossiers annexes", ce mécanisme semble avoir atteint d'inégalés sommets.
Qui a gagné le pompon ?
La gendarmerie protégeant son opération Othello, ses indicateurs (Nihoul ? Connais pas. avait d'abord répondu la BSR de Bruxelles à Connerotte !) et ses gendarmes-à-St-Tropez pour mettre au placard ses meilleurs enquêteurs ? Ou madame le Procureur Général Éiane Liekendael célébrant "la Justice que le monde entier nous envie" ? (rires et larmes dans la salle). Une justice qui peut pourtant dessaisir le juge Connerotte pour confier un dossier aussi complexe que l'affaire Julie et Mélissa à un juge - Langlois - dont c'est la première instruction. Une justice qui ne s'inquiète pas non plus outre mesure quand l'avocat général Hubert Massa, qui avait le même dossier en charge, se suicide cet été sans laisser d'explication à son geste. Le monde entier nous l'envie, qu'on vous dit. Dormez braves gens !

Plus curieux encore sont les mécanismes qui mettent simultanément en mouvement plusieurs de ces institutions. Ainsi, lorsque Claude Eerdekens (homme politique) retourne subitement sa veste dans une interview-choc au Soir Illustré (média) qui est aussitôt utilisée par le juge Pignolet (justice) pour inculper De Baets et Bille (gendarmerie) de violation du secret de l'instruction. On peut bien sûr y voir l'enchaînement spontané d'heureuses coïncidences. Cela ressemble pourtant furieusement à une action concertée des trois
premiers pour charger les quatrièmes. Or il existe de nombreux services de police - comme la Sûreté de l'État - dont le rôle est précisément d'orchestrer ces "heureux hasards".
A ces corporatismes d'appareil, à ces intrigues policières, il faut malheureusement ajouter la mobilisation idéologique de certains milieux "libertins" qui ont perçu le "mouvement blanc" comme une brutale incitation à l'ordre moral, voire une atteinte à leur vie privée. La manipulation de l'affaire "Di Rupo", par exemple, a pu être perçue par le milieu "homo" comme l'ammorce d'une véritable chasse aux sorcières. Inquiéter cette population était d'ailleurs peut-être précisément le but de la manoeuvre. Mais qu'est-ce les enlèvements,
les meurtres et les viols d'enfants ont à voir avec une supposée liberté sexuelle ? On peut, j'en témoigne et je l'espère, combattre le crime sans être coincé du cul.

Le troisième volet de la "triple alliance" est le plus difficile à prouver - mais c'est aussi le plus inquiétant. Il s'agit des solidarités "horizontales" de type mafieux. C'est-à-dire de l'influence du crime organisé à l'intérieur même des appareils d'État. Le crime organisé contrôle en effet aujourd'hui plus de 15% de l'économie mondiale. A côté de ses activités "traditionnelles" (comme la traite des êtres humains et la drogue), il s'est recyclé dans la criminalité en col blanc et la conquête des marchés publics. Et pour couvrir son activité criminelle, il s'est depuis longtemps assuré, par la corruption et le chantage - via certains faits de moeurs, préci-sément -, un certain nombre de relais protecteurs dans les milieux politiques, médiatiques, policiers et judiciaires.
Les vingt-huit morts "inexpliqués" des tueurs du Brabant Wallon, par exemple, sont totalement impossible à concevoir sans une intervention du crime organisé, et dans la conduite logistique de ces meurtres, et dans l'enlisement ultérieur des enquêtes. Or cette présence "structurelle" du crime organisé, si elle est connue et reconnue dans un pays comme l'Italie (où il a fallu pour la combattre inventer une loi spéciale sur les "repentis"), reste totalement masquée dans un pays comme la Belgique. Comment pourrait-on combattre ce qu'on refuse même de nommer ? Il suffit pourtant d'un oeuf pourri dans le panier pour gâter l'omelette. Et ce ne sont visiblement pas les oeufs pourris qui manquent.
Chez nous, où l'on baigne dans les "affaires" depuis vingt-cinq ans, on n'arrête donc jamais que des "prédateurs isolés", des exécutants de basses oeuvres et des victimes d'erreurs judiciaires. Quand on les arrête !

A l'heure où la presse peut tranquillement annoncer la mise en liberté de Michel Nihoul, on aurait pu s'attendre à ce "Les dossiers X" relancent au moins le débat et la polémique. Ou à ce que les médias saluent confraternellement la sortie d'un tel ouvrage - quitte à en contester certaines thèses et certaines conclusions. Il n'en est malheureusement rien. Sept semaines après sa publication, "Les dossiers X" se heurtent à une véritable omerta de la part de tous les grands médias du pays. Mis à part "Le Matin" et le "Journal du Mardi", qui sont les deux médias les plus proches "des parents", et une courte interview à la RTBF, c'est le silence sur toute la ligne. Et ce silence est terriblement inquiétant pour la démocratie. Il témoigne en effet de ce que pour la majorité de "l'établishment", les enlèvements et assassinats d'enfants sont moins aujourd'hui des affaires criminelles à résoudre que des événements à relativiser. A "objectiver". Pour ne pas dire : à classer.

Aussi, lorsque Gino Russo et une délégation du Comité de Soutien aux parents remettent 53.000 pétitions au président de la Chambre pour s'inquiéter de l'enlisement de l'enquête sur Julie et Mélissa, cela fait encore un titre au JT et la couverture du "Matin". Mais 20 lignes
seulement, en pages intérieures, dans tous les grands quotidiens du pays - à commencer par le Soir et la Libre Belgique.
Ce même quotidien Le Soir, dans son édition du 11 et 12 septembre 99, pouvait pourtant consacrer toute une page, sur 8 colonnes, au portrait du gendarme Michaux sous ce titre hallucinant : "René Michaux, 46 ans, gendarme. Et toujours vivant". Toujours vivant, oui, car ce pauvre homme, crucifié, démembré par la Commission Dutroux, que le doute réveille encore la nuit, a pu songer à se suicider. Après le portrait Michèle Martin en mère martyr dans l'émission Au nom de la Loi, voici le portrait de René Michaux en Christ insomniaque dans Le Soir. Mais qui se soucie encore du sommeil des parents et des victimes ?

Ainsi va la presse. Voilà donc Mathilde et Philippe mariés sur huit pages, le gendarme Michaux crucifié sur huit colonnes et 53.000 pétitions de soutien aux parents citées dans un communiqué Belga de huit lignes.
C'est ce qu'on appelle une hiérarchisation non-émotive de l'information. En voici une autre. Julie et Mélissa, huit ans. Toujours mortes. Et la Justice ne sait toujours pas qui les a enlevées. Ni comment. Ni pourquoi.

Il n'y a pas que le gendarme Michaux qui se réveille la nuit.

Claude Semal.

L'affaire Dutroux et le témoignage de Sabine Dardenne.
Réaction de Claude SEMAL
Le samedi 1er mars 2003.

Questions sur une campagne de presse
Le témoignage de la séquestration de Sabine Dardenne par Dutroux, fort et émouvant, a largement été médiatisé ces derniers jours. C'est une bonne chose : il est fondamental que la parole des victimes soit connue, reconnue et entendue. Ce témoignage apporte notamment des informations brutes sur les techniques de séquestration et de torture du kidnappeur Dutroux : viols répétés et manipulation mentale. Nous nous étonnons par contre de ce que ce témoignage aie été systématiquement accompagné, dans les gros titres et les résumés des médias, de commentaires qui déclinent tous l'équation suivante : "Sabine n'a vu que Dutroux pendant sa séquestration, donc Dutroux est un pédophile isolé". CQFD. Cette conclusion abrupte nous semble totalement méconnaître, et les méthodes utilisées par les proxénètes pour asservir leurs victimes, et les projets de "filières de prostitution" mis sur pied par Dutroux et sa bande ( dans le dossier Dutroux/Nihoul, plusieurs témoignages parlent par exemple d'un réseau de prostitution "avec des filles de l'Est"). On revient en effet toujours à cette lancinante question : pourquoi Dutroux et ses complices ont-ils kidnappé, séquestré et violé au moins six enfants et jeunes filles ? Et pourquoi quatre d'entr'elles ont-elles été assassinées ? Parce que le polycriminel Dutroux serait "simplement" un criminel sexuellement pervers et sadique ? Ou parce qu'il imaginait "aussi" pouvoir joindre l'odieux au mercantile en tirant profit de ses victimes auprès de clients occasionnels - par la prostitution ou la vente de vidéos ? C'est à la Justice et aux enquêteurs de trancher entre ces deux hypothèses - qui ne sont d'ailleurs pas nécessairement contradictoires. Nous pensons pour notre part que témoignage de Sabine Dardenne ne plaide, en soi, ni dans un sens, ni dans l'autre.

Le proxénétisme par kidnapping : une "mise en condition" physique et mentale
Avant de soumettre une jeune fille enlevée à des clients, un "souteneur" doit en effet d'abord la détruire psychologiquement et physiquement. Cela passe par une séquestration et un isolement total, par la destruction de tous ses repères familiaux, par des violences physiques et morales entrelardées de rares "cadeaux", par des attouchements sexuels et des viols répétés et, finalement, par l'élaboration progressive d'un lien personnel entre le criminel et sa victime (variante de ce qu'on a pu appeler "le syndrome de Stockholm", c'est-à-dire une empathie entre un kidnappeur et sa victime). Dans un second temps, le proxénète peut ainsi vendre sa victime "soumise" et "conditionnée" à d'éventuels clients. Cette manipulation mentale est très précisément décrite par Lelièvre dans ses dépositions ("Dutroux expliquait qu'il conditionnait les filles, pour qu'elles soient obéissantes et soumises chez les clients". Dutroux invente et raconte des fables qui alimentent ce processus : "les parents ne veulent pas payer la rançon" et "le chef de la bande veut la tuer" mais lui, le "gentil Dutroux", va l'aider ! P.V. 100.241 L157). Le témoignage de Sabine Dardenne est, à 100%, totalement compatible avec ce scénario. Sa séquestration et les projets prostitutionnels de Dutroux peuvent donc très bien être deux étapes d'un même processus criminel - et non deux crimes distincts. Il est bien sûr aussi possible que Dutroux aie séquestré sa jeune victime pour son seul "usage". Si nous avons cru devoir développer ici cette autre hypothèse, c'est que la majorité de la grande presse, sur la seule base de ce même témoignage, a cru pouvoir conclure que Dutroux et sa bande ne travaillaient pas pour des "clients" ! Or le témoignage de Sabine ne peut visiblement ni l'infirmer ni le confirmer.

Quatre cent mille pages d'enquête pour un "prédateur isolé" ?
Cette campagne de presse nous a d'autant plus interpellé que, suite à une curieuse coïncidence de calendrier, c'est précisément cette semaine que la Chambre des Mises en Accusation de Liège doit statuer sur le renvoi des inculpés de l'affaire Dutroux/Nihoul et consorts en Cour d'Assises. Dans ce contexte, nous avons eu la désagréable impression que le témoignage de Sabine Dardenne avait été instrumentalisé par certains pour taper sur le clou du fameux "Dutroux isolé". Soit pour "faire pression" sur le Tribunal, soit pour préparer l'opinion à la confirmation d'un non-lieu pour Nihoul. Aussi, s'il faut totalement respecter la parole et le témoignage de Sabine Dardenne, il nous faudra aussi, dans les jours qui viennent, pouvoir entendre et respecter le témoignage de Laetitia - qui, elle aussi, a pu échapper vivante à ses tortionnaires. Comme il nous faudra enfin faire respecter la mémoire de Julie, Mélissa, An et Eefje en exigeant que la "vérité judiciaire" nous explique pourquoi et par qui ces quatre enfants ont été kidnappées, séquestrées, violées et assassinées. S'il s'agissait du crime d'un "prédateur isolé", fallait-il vraiment six ans d'enquête et 400.000 pages de dossier pour nous en convaincre ?

Claude Semal

Paru dans Alternative Libertaire n°209 (Septembre 1998)
CLAUDE SEMAL A PROPOS "DES AFFAIRES"

Oui ou non ?
Il y aurait donc chez nous des gens émotifs et des gens raisonnables...

Des gens "qui croient" aux réseaux criminels et à leur protection parce que, vous savez bien, le peuple est crédule, fantasque et versatile. Et des gens qui n'y croient pas parce que, comme de bien entendu, la raison et l'État de droit seuls guident leurs esprits éclairés. Moi qui ne crois en rien et ne juge que les seuls faits, puis je ici, du haut de mon incrédule émotion, poser quelques questions raisonnablement logiques ? Oui ou non, le crime organisé existe t il ? Oui ou non, est il structuré internationalement ? Oui ou non, existe t il en Belgique ? Oui ou non, l'immigration italienne a t elle favorisé l'implantation de la mafia en Wallonie ? Oui ou non, la chute du mur de Berlin a t elle ouvert de nouveaux espaces au crime organisé venu de l'est ? Oui ou non ces mafias ont elles pour objectif de contrôler tous les secteurs illégaux criminellement rentables : le trafic de drogue, le jeu, le trafic d'armes, le trafic de diamants, Les vols de bagnoles, le grand banditisme, la traite des êtres humains ? Oui ou non, les activités de Dutroux sont elles en relation avec deux au moins de ces domaines ? Oui ou non, y a t il un marché de la prostitution ? Oui ou non, y a t il un marché des "snuf movies" (meurtres filmés) ? Oui ou non, y a t il un marché de la pédophilie ? Oui ou non des cassettes pédophiles sont elles tournées, diffusées, commanditées, achetées ? Par qui ? Comment ? Avec quels enfants ? Quels commanditaires ? Par des "prédateurs isolés" ?

. Oui on non, des pratiques de type mafieuse se développent elles en Belgique ? Oui ou non, un journaliste de Charleroi a t il été assassiné parce qu'il enquêtait sur les négriers du bâtiment ? Oui ou non, un docteur vétérinaire a t il été abattu parce qu'il enquêtait sur le trafic d'hormones ? Oui ou non le crime organisé, à l'image de ce qui se passe en Italie, a t il pour stratégie d'infiltrer l'appareil policier et judiciaire et, si nécessaire, de corrompre le pouvoir politique pour se protéger ? Oui ou non a t il les moyens financiers, idéologiques et criminels de le faire ? Oui ou non, vit on au pays des 29 morts inexpliqués des tueurs du Brabant ? Oui ou non, vit on au pays où deux partis se réclamant de Jaurès ont été financés par des marchands d'armes ? Oui ou non, vit on au pays où un ministre d'État socialiste, ex président de parti, se fait assassiner par une bande mafieuse gentiment employée par le cabinet d'un autre ministre socialiste ? Oui ou non, vit on au pays où un ancien ministre socialiste wallon peut avoir, aux yeux de tous, des liens personnels avec les milieux de la prostitution ? Oui ou non, vit on au pays où VDB, marchand de viande et ami de l'immobilier, a pu être Premier Ministre ? Oui ou non, vit on dans le pays où Wathelet, libérateur précoce de Dutroux, est, entre autres énigmes, encore juge européen ? Oui ou non, les sommets de la hiérarchie de la magistrature liégeoise et carolorégienne ont ils été touchés par plusieurs affaires criminelles ? Oui ou non, est ce à Neufchâteau, un parquet excentré miraculeusement épargné par la lèpre, qu'ont été résolues des affaires (Cools, Dutroux...) qui partout ailleurs s'enlisaient lamentablement ? Oui ou non, Connerotte et Bourlet sont ils pourtant victimes de campagnes de presse après avoir été sanctionnés par leur hiérarchie ? Oui ou non la même presse discrédite t elle totalement "XI" au moment même où celui qu'elle désignait comme son "souteneur" vient d'avouer avoir eu avec elle des relations sexuelles quand elle avait à peine douze ans ? Oui ou non certaines pistes menant vers le crime organisé sont-elles aujourd'hui systématiquement discréditées et étouffées par certains milieux politiques, judiciaires, policiers et journalistiques avant même la fin des enquêtes ? Oui ou non, plusieurs enquêteurs, appartenant pourtant à des services différents, ont ils été mutés, suspendus, sanctionnés alors qu'ils exploraient précisément ces pistes ? Oui ou non, la Commission Parlementaire elle même est elle aujourd'hui gravement déstabilisée ? Oui ou non, les responsables directs des errances de l'enquête Julie et Mélissa sont ils par contre toujours en place et couverts par leur hiérarchie ? Oui ou non, enfin, ces enlèvements d'enfants et ces crimes inexpliqués ? Oui ou non, Julie et Mélissa ?

Il n'y a pas de gens qui "croient" et de gens qui "ne croient pas". Ou plutôt, il y a des gens qui croient en leur non croyance. Et des gens qui ne croient plus au Père Noël. Il y a des gens qui veulent aller jusqu'au bout des enquêtes. Et des gens qui semblent tout faire pour les entraver.

Dutroux, un "prédateur isolé" ? Libre à vous de le croire, messieurs les "non croyants". Libre à vous de croire Nihoul et Michèle Martin plutôt que de partager la quête douloureuse de Carine et Gino Russo. À chacun ses priorités. À chacun ses doutes, ses indignations et ses combats. Mais si vous pensez servir ainsi le droit, la justice et la vérité, répondez je vous prie d'abord à ces questions : oui ou non ? Oui ou non ?

Claude Semal

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Envie de réagir ? Ecrivez-nous : Claude SEMAL ou Bruno (bidouilleur du site)
Vous ne voyez pas de colonne à la gauche de cette page ??? Cliquez ici (Retour à l'accueil de ce site)